En 1933, Georges Beaurain publie un ouvrage passionnant : « Aumale et sa région au XVIè siècle« . Cet ouvrage, édité aux fameuses éditions « Surville » (connues pour leurs nombreuses cartes postales) nous permet de redécouvrir l’environnement quotidien de l’église Saint-Pierre d’Aumale il y a plus de quatre siècles. Loin de l’image d’un monument isolé, ces archives basées sur l’analyse des minutes notariales révèlent une église au cœur de la vie locale.
En effet, au XVIᵉ siècle, l’église n’était pas seulement un lieu de prière. Elle se trouvait au centre d’un monde animé où se croisaient marchands, artisans, malades, voyageurs, notables et simples habitants. L’église était alors le véritable cœur de la cité.
Une église entourée de boutiques
L’une des découvertes les plus surprenantes de Georges Beaurain concerne les « ouvroirs » construits contre le clocher de l’église.
Les archives notariales mentionnent dès 1542 « une portion de masure (…) assise entre les piliers du clocher de l’église ». Quelques décennies plus tard apparaissent encore plusieurs boutiques installées contre les murs de l’édifice. Certaines appartiennent à des artisans, d’autres à des commerçants.
Aujourd’hui, il paraît difficile d’imaginer des échoppes adossées directement à une église. Pourtant, dans les villes médiévales et renaissantes, chaque espace disponible était utilisé. Les puissants contreforts du clocher servaient parfois de murs à de petites constructions où l’on travaillait quotidiennement.
Ainsi, tandis que les cloches sonnaient les offices, les artisans poursuivaient leurs activités à quelques mètres seulement du sanctuaire.
Une place publique avant l’heure
L’église occupait une position stratégique dans l’organisation de la ville.
En effet, alors que la rue Centrale, percée pour accompagner l’arrivée du train fin XIXè, n’existait pas, l’église se trouvait à proximité immédiate de la rue des Halles (la place actuelle), principal axe commercial d’Aumale. Les habitants qui se rendaient au marché passaient nécessairement devant l’édifice. Les halles où se concentraient les activités marchandes n’étaient qu’à quelques pas.
L’église était donc au croisement des principaux flux de circulation de la cité.

Dessin de De La Pointe extrait de Aumale, son comté, son duché, groupe archéologique du Val de Bresle, Paillart, éditeur 1996,
Le cimetière au milieu des vivants
Autre réalité qui surprend avec les yeux actuel : le cimetière paroissial se trouvait immédiatement au nord de l’église (cf. l’actuelle « rue du Vieux Cimetière »
Les textes de la fin du XVIᵉ siècle parlent encore de la « chimentière de l’église Saint-Pierre ». Cette présence permanente des sépultures au cœur de la ville faisait partie du quotidien des habitants.
Les enfants jouaient à proximité, les marchands traversaient les lieux et les processions religieuses empruntaient régulièrement ces espaces.
La séparation stricte que nous connaissons aujourd’hui entre les lieux de vie et les lieux de sépulture n’existait pas encore puisque le déplacement du cimetière à l’emplacement que nous connaissons aujourd’hui (au bout de la rue Saint-Lazare) date d’environ 1781.
L’hôpital dans l’ombre de l’église
Derrière le chevet se trouvait également l’hôpital Saint-Nicolas.
Cet établissement accueillait les pauvres, les malades et les voyageurs de passage. Sa proximité avec l’église n’était pas un hasard. Au XVIᵉ siècle, assistance et religion étaient étroitement liées. Les œuvres charitables relevaient largement des institutions ecclésiastiques.
Une ville construite autour de son église
Les archives révèlent également que plusieurs rues prenaient leur identité par rapport à l’église.
On parle alors de la « rue de l’Église »(actuelle rue Saint Pierre baptisée ainsi en 1870, de la « rue de dessoubs l’église » ou encore de ruelles qui rejoignent directement l’édifice. Les maisons sont souvent décrites en fonction de leur proximité avec l’église ou le clocher.
Cela montre combien l’édifice servait de repère dans la vie quotidienne des habitants.
L’église n’était pas seulement un monument religieux : elle constituait le centre géographique, social et symbolique de la communauté.
Une image très différente de celle d’aujourd’hui
L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul que nous admirons aujourd’hui apparaît dégagée et mise en valeur par les aménagements urbains modernes.
Au XVIᵉ siècle, la réalité était tout autre. Le clocher était entouré de petites constructions. Le cimetière occupait les terrains voisins. L’hôpital accueillait les nécessiteux. Les rues étroites convergeaient vers l’édifice et les halles voisines attiraient marchands et clients.
Le monument formait alors le cœur d’un espace vivant, bruyant et parfois encombré.Ainsi, autour de l’église se regroupaient les principales fonctions sociales de la ville : prier, commercer, soigner et enterrer.
Grâce aux recherches minutieuses de Georges Beaurain, nous pouvons aujourd’hui retrouver cette ville disparue et imaginer l’animation qui régnait autour de l’église d’Aumale il y a plus de quatre cents ans.
L’histoire de l’église Saint-Pierre n’est donc pas seulement celle d’un bâtiment. C’est aussi celle des hommes et des femmes qui ont vécu, travaillé, prié et échangé à son ombre pendant des générations.
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