À Aumale, en 2026, l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul continue de révéler ses secrets…
…car à l’occasion des Journées européennes du patrimoine des 19 et 20 septembre, l’association AUMEA a animé l’ouverture de l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul d’Aumale à travers plusieurs visites guidées.
Pour certains visiteurs, la découverte s’est également faite en musique grâce à Christian, membre de l’association, qui a accompagné ces journées à l’orgue.
Ces visites ont permis aux Aumalois de redécouvrir un monument qu’ils côtoient parfois quotidiennement, et aux visiteurs venus d’ailleurs de découvrir l’un des édifices majeurs du patrimoine de notre ville.
Au fil du parcours, les visiteurs ont souvent exprimé leur étonnement face à des éléments qu’ils connaissaient mal, voire qu’ils n’avaient jamais remarqués.
Car derrière ses pierres plusieurs fois centenaires, l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul conserve encore de nombreuses traces de son histoire. Certaines sont évidentes, d’autres beaucoup plus discrètes et échappent parfois même aux habitants qui fréquentent l’édifice depuis des années.
Des maisons autrefois adossées à l’église : un paysage urbain méconnu
L’une des découvertes qui a le plus surpris les visiteurs concerne l’environnement même de l’église.
Aujourd’hui largement dégagée, l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul n’a pourtant pas toujours bénéficié de cet espace autour d’elle. Jusqu’au XIXe siècle, plusieurs maisons et constructions étaient adossées à certains de ses murs.
Cette situation n’avait rien d’exceptionnel dans les villes anciennes, où l’espace disponible était limité et précieux. Les bâtiments religieux faisaient alors pleinement partie du tissu urbain, et certaines parties des façades ou des ouvertures pouvaient être masquées par les constructions voisines.


Il est donc difficile, aujourd’hui, d’imaginer que certaines perspectives sur l’église, que nous apprécions désormais pleinement, étaient autrefois beaucoup plus limitées.
Les bombardements de 1940 : quand l’église a échappé au pire
L’église porte également la mémoire des combats de 1940.
Aumale fut durement touchée pendant la campagne de France, entre la fin du mois de mai et le début du mois de juin 1940. L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul ne fut pas épargnée.
Un projectile traversa notamment la couverture et la voûte de l’édifice sans exploser. Le clocher fut également atteint.
Cette histoire rappelle à quel point le patrimoine que nous admirons aujourd’hui a parfois été proche de disparaître.
Pour les visiteurs, il est particulièrement frappant d’imaginer qu’un événement aussi banal en apparence qu’un obus traversant une voûte aurait pu avoir des conséquences considérables sur un édifice dont l’essentiel de la construction remonte au XVIe siècle.

La porte dite « Jean Goujon » : un chef-d’œuvre de la Renaissance
La porte dite « Jean Goujon » a également suscité de nombreuses questions.
Plusieurs visiteurs connaissaient son nom sans forcément savoir à qui il faisait référence.
Jean Goujon est l’un des grands sculpteurs de la Renaissance française. Il participa notamment à la décoration du Louvre et réalisa les célèbres reliefs de la fontaine des Innocents à Paris.
Le portail Henri II de l’église d’Aumale lui est traditionnellement attribué. Cette attribution doit toutefois être comprise avec prudence : comme pour de nombreuses œuvres de la Renaissance, la question de l’auteur exact et de l’intervention de l’atelier reste discutée.
Le décor présente néanmoins les caractéristiques qui font la richesse de la sculpture Renaissance : élégance des figures, finesse des drapés et références à l’art antique.
Pour les visiteurs, c’est une véritable découverte de constater qu’un édifice d’Aumale conserve un portail associé à l’un des noms majeurs de la sculpture française du XVIe siècle.


Du mobilier provenant de l’abbaye d’Auchy
Autre surprise : certains éléments visibles dans l’église ne sont pas à l’origine destinés à cet édifice.
Les boiseries situées à proximité de la sacristie proviennent de l’ancienne abbaye Saint-Martin d’Auchy.
L’histoire des deux édifices est d’ailleurs intimement liée. Pendant plusieurs siècles, l’abbaye Saint-Martin a joué un rôle important dans la vie religieuse d’Aumale et de son territoire.
Après la Révolution française et les transformations qui ont affecté l’ancienne abbaye, certains éléments de son mobilier ont été déplacés.
Ces transferts ont permis de conserver une partie d’un patrimoine qui aurait autrement pu disparaître. Ils témoignent aussi des liens anciens entre l’abbaye d’Auchy et l’histoire religieuse et urbaine d’Aumale.

Les vitraux cachés pour les protéger de la guerre
L’histoire des vitraux a également retenu l’attention des visiteurs.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les œuvres les plus précieuses de nombreuses églises françaises furent protégées ou déposées afin de limiter les risques de destruction liés aux bombardements.
À Aumale, cette histoire est particulièrement intéressante puisque l’église conserve plusieurs verrières anciennes, dont un remarquable vitrail du début du XVIe siècle consacré à saint Nicolas.
La conservation des vitraux ne se résume toutefois pas à leur simple présence dans l’église. Au fil des siècles, des restaurations, des déplacements et des pertes ont modifié l’ensemble des verrières.
Ce que nous voyons aujourd’hui est donc aussi le résultat d’une longue histoire de conservation et de restauration.


Quand les morts entouraient l’église
Autre découverte pour de nombreux visiteurs : l’existence de l’ancien cimetière paroissial autour de l’église.
Pendant des siècles, les habitants étaient inhumés à proximité des lieux de culte. Cette proximité entre les vivants et les morts faisait alors partie du paysage quotidien des villes et des villages.
À Aumale, le souvenir de cet ancien cimetière subsiste notamment dans le nom de la rue du Vieux-Cimetière.
À partir du XVIIIe siècle, puis surtout au XIXe siècle, les préoccupations liées à l’hygiène publique et à l’urbanisation conduisirent progressivement au déplacement des cimetières hors des centres habités.
La disparition du cimetière a ainsi profondément transformé les abords de l’église et contribué à créer l’espace dégagé que nous connaissons aujourd’hui.

La chapelle du Saint-Sépulcre : un joyau caché
Parmi les espaces de l’église, la chapelle du Saint-Sépulcre reste sans doute l’un des plus méconnus.
Plusieurs visiteurs ont reconnu être entrés dans l’église à de nombreuses reprises sans avoir réellement pris le temps de l’observer.
Pourtant, cette chapelle constitue un ensemble remarquable, notamment par son décor peint et par le témoignage qu’elle apporte sur la dévotion à la Passion du Christ.
Son caractère plus discret contribue sans doute à sa méconnaissance. Elle rappelle surtout que les trésors d’un monument ne sont pas toujours ceux que l’on remarque immédiatement en entrant.
Les onze clés de voûte : une véritable « bande dessinée » de pierre
Enfin, la découverte des onze clés de voûte sculptées du chœur a constitué l’un des temps forts des visites.
Situées à plusieurs mètres au-dessus du regard des visiteurs, elles passent facilement inaperçues.
Pourtant, chacune possède son propre décor et participe à la lecture de l’architecture et du programme ornemental de l’église. Certaines présentent des motifs religieux, héraldiques ou symboliques.
Les visiteurs ont simplement été invités à lever les yeux.
Et ce geste très simple a souvent suffi à transformer leur regard sur l’église : beaucoup ont découvert des sculptures qu’ils avaient pourtant côtoyées pendant des années sans jamais réellement les observer.


Une église à redécouvrir… et à sauver
Au-delà des anecdotes et des découvertes, ces visites ont surtout montré une chose : l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul d’Aumale possède une richesse patrimoniale considérable.
Les traces des destructions de 1940, les liens avec l’ancienne abbaye d’Auchy, le portail Renaissance traditionnellement associé à Jean Goujon, les vitraux anciens, l’ancien cimetière, la chapelle du Saint-Sépulcre ou encore les clés de voûte du chœur racontent chacun une partie de son histoire.
Mais cette histoire n’est pas seulement celle du passé.
L’église est aujourd’hui confrontée à d’importants besoins de conservation et de restauration. Le diagnostic récemment réalisé permet désormais de mieux connaître son état et d’identifier les interventions nécessaires pour assurer son avenir.
C’est tout le sens de l’action menée par AUMEA : mieux faire connaître l’église pour mieux la faire aimer, et mobiliser autour de sa sauvegarde.
Parce qu’un monument ne se sauve pas seulement avec des pierres et des échafaudages.
Il se sauve aussi par la connaissance, par l’attention qu’on lui porte et par la mobilisation de ceux qui considèrent qu’il fait partie de l’histoire de leur ville.
L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul continue de révéler ses secrets. Il est désormais l’heure de tout faire pour qu’elle puisse continuer à les transmettre aux générations futures.
Nous vous donnons rendez vous au concert AUMEA


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